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Noël par sa face nord

Noël par la face nord

Cela fait un sacré bout de temps que je me demande ce que vais bien pouvoir écrire dans ma lettre de Noël. Le temps passe si vite que bientôt Noël sera passé sans que je n’aie écrit le moindre mot. Ce n’est pas que je n’ai pas d’idée, c’est que je les condamne dès qu’elles surgissent dans ma petite tête. Ce n’est donc pas que je n’ai rien à dire, c’est que je juge que je n’ai rien de bon à dire. Mais ce jugement est-il lui-même valide ? Est-ce parce que ce qui me vient en tête est vide de sens que je juge que je n’ai rien de bon à dire ou est-ce parce que je juge que ce qui me vient en tête n’est rien de bon à dire que j’en conclus que ce qui me vient en tête est vide de sens ?

Ce qui est certain, c’est que j’ai lu Spinoza. Souvenons-nous de sa réflexion sur le bien : ce n’est pas parce qu’une chose est bonne que nous la désirons, c’est au contraire parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne. La question qui se pose alors est de savoir si c’est bien mon désir qui parle, et si tel est le cas, de savoir ce qui dans mon désir me pousse à prononcer ce jugement négatif.

Ce qui est donc tout aussi certain, c’est que j’ai lu Freud. Souvenons-nous de sa réflexion sur la dynamique psychique : il y a des désirs inavouables que nous réprimons de manière inconsciente. Qu’est-ce qui me dérange ? En réalité, je n’ai aucun mal à entendre mes idées ni même à les juger positivement. Par contre, je ne me permets pas de les exprimer. Pourquoi ?

Ma première hypothèse porte sur le statut de la parole. Toute parole comprend différentes facettes selon la place d’où elle est énoncée. On ne dit pas la même chose, ou du moins pas de la même manière, quand on se parle à soi-même, quand on parle en privé, quand on prend la parole en public, quand on s’adresse à un collectif, quand on expose un raisonnement dans un cours, quand on parle à un thérapeute, quand on se confie sur l’oreiller ou quand on envoie une lettre ouverte.

Cette première piste est légitime. En effet, si j’écris une lettre de Noël à nos sympathisants, c’est au nom de la Relève. J’ai donc à assumer une fonction symbolique. Mais cette réponse n’est pas suffisante, car elle ne résout rien. On sait à quelle folie conduit l’oubli de la personne. Hannah Arendt nous l’a suffisamment dit. La vraie responsabilité n’est pas de se nier au nom de son mandat, mais d’assumer un mandat de manière humaine. Il se peut que mes idées ne collent pas à ce qu’on attend d’une personne qui parle au nom de la Relève. Mais nous savons tous que c’est à travers la richesse de ses débats qu’un collectif témoigne de sa bonne santé mentale. Ce ne peut donc être pour cette raison que je juge négativement mes idées.

Puisque ce ne sont ni mes idées ni mon mandat qui posent problème, c’est que le problème se situe ailleurs. Voyons, qu’est-ce qui me met en difficulté ? Qu’est-ce qui m’empêche d’accoucher de mes idées ? Qu’est-ce qui m’empêche de coucher mes mots dans une lettre ? Plus radicalement, qu’est-ce interdit mon être ? qu’est-ce qui enferme ma liberté ? En quoi Noël, la fête de la naissance, pourrait-il être ce qui m’empêche de naître ? Noël pourrait-il être porteur de mort ?

Aïe, aïe, aïe, puis-je dire cela ? Vous aurez compris que j’entends aborder cette question dans sa réalité spirituelle et anthropologique. Il n’y va pas de ma petite histoire. Peu importe les vieilles chaussettes trouées qui trainent au fond de nos tiroirs. Je veux parler d’une expérience spirituelle qui, de facto, concerne chaque être humain. Oui, Noël peut être aussi porteur de mort. Et dénier le poids et de l’inconfort de cette réalité en s’en déchargeant sur Hérode, comme si celui-ci n’était pas un frère en humanité, nous fait passer à côté de l’essentiel. Il n’y a rien d’humain qui ne me concerne écrivait déjà le poète latin Terrence.

Prenons donc la question à bras le corps. Noël est porteur de mort au sens où les systèmes mafieux et pervers, ces systèmes sans loi ni foi, sont menacés par l’espérance en un monde plus juste et en des modes de vie plus justes. En ce sens, Noël annonce que ce qui tue la vie est tué par la vie. Restons vigilants, ce qui est mis à mort par la vie ne sont pas nos frères en humanités, ce sont les systèmes pervers qui sont condamnés. En fait, leur mode vie les mène à leur propre perte, même s’ils ne cessent de renaître sous de nouveaux oripeaux. C’est qu’il n’existe pas de système pervers en soi. On le sait et on l’a toujours su, ce sont nos errances humaines qui nous font chuter dans des systèmes pervers et ce sont ces mêmes systèmes qui provoquent nos errances. Tant qu’une personne se sentira menacée dans son être, la chose perverse trouvera de quoi se nourrir. Rien de neuf sous le soleil !

Le problème que j’aborde ne concerne pas cette bonne nouvelle. Je ne vois rien de négatif à annoncer une espérance qui menace les systèmes pervers. Qu’est-ce qui m’empêche alors de laisser naître mes idées ? C’est la prise en compte d’une fracture intérieure. Comment puis-je naître si, pour naître, je dois tuer en moi une partie de moi ? Vous l’aurez compris, il ne s’agit ni de tuer ni de contenir un Hérode intérieur. On le sait et on l’a toujours su, en tout tueur est un enfant profondément blessé. Et si Noël menace le tueur intérieur, c’est pour ramener à la vie l’enfant blessé.

La fracture dont je parle passe entre celui qui, en moi, a foi en cette espérance et celui qui, en ce même moi, en doute, voire pire, embrasse la désespérance sous l’une ou l’autre de ses formes. Faut avouer qu’à voir comment va le monde il y a de quoi douter, désespérer et se désespérer d’être humain ! La question est essentielle, faut-il, au nom de l’espérance, supprimer la désespérance ? Faut-il tuer celui qui doute ? Celui qui s’y frotte et la com-prend ? Celui qui n’a pas ou plus d’espérance ? Faut-il ensuite tuer celui qui souffre parce qu’il témoigne de la réalité de ce qui fait mal ? Faut-il, parce que c’est Noël, mettre sous cloche le doute, la souffrance, la peur, les passions tristes, la douleur, la perte de sens, la perte d’espérance, les aléas de l’existence, les blessures d’amour et les ratés ? Faut-il tuer la nuit pour que le jour vienne ? Faut-il tuer l’obscurité pour que la lumière soit ?

Si oui, alors Noël est porteur de mort ! Il tue autour de nous et en nous. Si Noël c’est vaincre ce qui fait mal et vaincre la nuit alors comment distinguer Noël des discours idéologiques ? des discours des inquisiteurs, des intégristes, des puristes, des traditionnalistes ? des discours de Staline, de Trump, de Musk et de tous ces illuminés et autres influenceurs qui prétendent savoir ce qui est bien et ce qu’est le bien ?

Comment faire pour que Noël ne soit pas porteur de mort ? La tentation est connue, faire du mal et de ce qui fait mal, la vérité. Et d’en appeler à un gel des cœurs, à une froideur mécanique, à une désincarnation de la raison, à une dérégulation du flux pulsionnel, au dénigrement de toute espérance, au culte du trauma. Et de réduire Noël à une fête consumériste, à une tradition culturelle ou à une crédulité infantile. Ce n’est pourtant là qu’errance et bêtise, opposer l’espérance à la désespérance ou opposer la désespérance à l’espérance, c’est schtroumpf-vert et vert-schtroumpf, c’est toujours fuir la complexité de la vie, c’est toujours fuir notre réalité.

Noël n’est porteur de vie qu’à nous rappeler que le bien ne gagne sur le mal qu’à y résister. C’est en insistant dans la vie qu’on vit et qu’on témoigne de la vie. Noël ne peut mettre sous cloche Pâque. L’un ne va pas sans l’autre - comme le dit la Genèse, il y eut une nuit, il y eut un jour, jour un. La vie elle-même ne peut témoigner d’elle qu’en se risquant. Noël nous invite à vivre notre mort et non à mourir notre vie.

Naître à Noël, naître avec Noël, naitre à partir de Noël, ce n’est pas vivre un jour de plus avant de mourir. Nous le savons et nous l’avons toujours su, vivre contre la mort, c’est ne pas vivre, c’est être déjà mort, c’est vivre à la lueur de la mort et faire du monde une unité palliative. Mais cette mort n’est pas la mort, cette pseudo-mort est une peur vivre. C’est une vie inversée. C’est une vie à l’envers. Une vie en enfer.

En lecteurs attentifs des Evangiles, nous savons que nous n’avons pas à avoir peur de ce(ux) qui nous blessent et que nous avons à résister à ce(ux) qui nous déshumanisent. Cet évangile de Mathieu ne relève pas de l’ordre du discours. L’espérance ne peut pas être exigée par un surmoi, sans quoi serait fautif celui qui n’y arrive pas. Force est de constater qu’il est impossible de ne pas avoir peur. Par contre, il est possible d’insister dans la vie et de résister à ce qui fait mal. Il est possible de mourir vivant. L’espérance n’est pas une foi. L’espérance c’est un mode de vie, c’est la seule manière de vivre.

C’est ce dont La Relève témoigne. Naître, c’est vivre, certes ! mais vivre, c’est toujours supporter la violence inhérente à l’existence. C’est éprouver le vertige, et parfois l’effroi, d’être vivant. C’est vivre le jour et la nuit. Dans cette histoire qu’est la vie, Dieu lui-même fait l’épreuve de l’existence. Il l’éprouve en tant que Père et en tant que Fils. Il n’en mène pas plus large que nous. Il ne sait pas plus que nous ce qu’il faut faire. Il prend les mêmes risques que nous.

Nous nous faisons tous une idée de Dieu - idée qui parle plus de nous que de Lui. Personnellement, je ne vois pas en Dieu un être qui souffre à cause de nos faiblesses et qui, à cause de nous, prend sur lui la souffrance du monde. Il n’est pas le seul à être né dans une bergerie, à avoir dû fuir son pays, à n’avoir pas été compris, à avoir été trahi, à avoir subi l’injustice, à avoir été crucifié. D’autres que lui ont souffert tout autant, voire plus. Je vois en Lui un être qui nous montre qu’il est possible de supporter tous les aléas de l’existence, y compris le poids du doute et celui de la désespérance. Je vois en Lui un être qui épouse la vie dans sa totalité. Je vois en Lui un être qui tient, qui se tient entre jour et nuit et qui tient dans un même geste jour et nuit. Je vois en Lui un Dieu qui s’est fait enfant, puis homme, pour nous montrer que la vie est initiation et nous rappeler qu’on ne peut faire l’économie de la souffrance et du doute.

Même si on ne veut pas le savoir on le sait, passer par-dessus nos nuits, c’est s’arracher de soi. C’est mentir et se mentir. Mais comment supporter nos nuits ? La seule force dont nous avons besoin pour vivre nous est donnée par la vie elle-même. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à accepter de vivre ce qui est à vivre. Nul fatalisme ici. Vivre ce qui est à vivre n’est pas dire « oui, amen » à tout, mais faire avec ce qui est. Dans la Bhâgavad Gîta, Arjuna apprend de Krishna ce que cela veut dire : il ne s’agit pas d’accepter ce qui tue la vie, mais de lutter avec la vie contre ce qui tue la vie - non lutter contre la mort et la folie, mais lutter contre les forces de résignation et de dénégation, contre ces forces de retournement (perverse de per-vertere), qui font de nous des morts alors que nous sommes des vivants.

Jésus, Joseph, Marie et tant d’autres ont fait ce choix de la vie. Ils ont pris position et en ont assumé les conséquences. L’enjeu n’est seulement politique, il est avant tout existentiel. Il se joue autant sur la scène publique que dans nos relations privées. Il se joue encore en nous quand nous avons à faire face à la maladie, aux aléas de l’existence, aux évènements joyeux, aux rencontres et aux petites choses du quotidien. Engager son être face à ce qui est, c’est faire ce qu’ils ont fait : c’est choisir la vie. Il n’y a pas de plan à suivre. Rien ni personne ne peut me dire ce qu’il faut faire, car faire avec ce qui est c’est nécessairement faire avec ce que je suis et qui je suis. C’est toujours engager un devenir et s’engager dans un à-venir. Rien n’est prescrit et rien n’est déterminé. Nous avons toutefois une boussole. Nous savons où est le nord, nous savons comment faire : faire avec ce qui est c’est simplement refuser de faire comme si ce qui est n’était pas. C’est une épreuve de vérité. La liberté vient après, dans notre manière de faire avec ce qui est comme on le peut. Pour choisir la vie il n’est d’autre chemin que celui qu’on trace.

On ne peut dès lors être pleinement vivant quand on se coupe de nos nuits. Je ne peux vivre pleinement si je ne peux, parmi d’autres dires, dire aussi ma désespérance. Je ne peux naître pleinement à la vie si je ne peux porter mes doutes, mes peurs et mes blessures. Ce qui fait de moi un être humain pleinement vivant n’est pas l’absence de passions tristes, mais la décision d’y faire face et de les porter comme je le peux, en acceptant qu’il arrive que je n’y arrive pas. Reconnaissons-le : oui, parfois je suis aux prises avec la désespérance, et rien n’est pire alors que d’entendre parler d’espérance. Les pensées positives, les injonctions au bonheur, les protocoles de bien-être, les programmes de résilience et les trêves de Noël nous condamnent, en nous faisant sentir combien nous sommes esseulés. Ne reste alors que ténèbres et honte d’être soi.

Noël est parfois un symbole trop oppressant - comme en témoignent les statistiques sur les suicides. Oui, il est des moments où Noël fait mal. Oui, il est des moments où parler d’espérance tue. L’expérience de terrain montre que dans ces moments c’est simplement de mots, de petits gestes d’attention et de présence dont nous avons besoin. Nous avons simplement besoin d’être rejoints afin de partager nos doutes, nos désespérances et nos souffrances. La désespérance est parfois le seul lien qui nous relie à l’autre. Se sentir désespéré est parfois la dernière manière de se sentir vivant et, paradoxalement, c’est aussi souvent la première manière de se ressentir vivre. La désespérance est une voie/voix d’espérance car elle en est le reflet, car elle n’en est que le reflet.

Il est dès lors essentiel de pouvoir se reconnaître dans ce reflet de la désespérance. Eprouver notre désespérance c’est sentir vibrer notre espérance. Et dire notre désespérance c’est tisser le fil de la confiance. Nous avons besoin d’une crèche pour accueillir notre désespérance. C’est un vrai travail d’accouchement qui passe par des douleurs physiques et des souffrances psychiques. Pour voir dans le reflet de notre désespérance la vérité de l’espérance qui s’exprime en nous, en secret, inconsciemment, à travers nos symptômes et nos plaintes nous avons besoin d’être entourés. Pour cette naissance spirituelle, naissance dans l’esprit, nous avons besoin d’un accoucheur d’âme. Toutes les grandes traditions en ont : Socrate, Krishna, l’Esprit du Tabac, Rumi, Milarepa, Winnicott, Drewermann, Davoine, Falque, Oe, Stefasson, Hupper, Waters, Hugo, Nietzsche, Munch, Jésus, Bouddha, Lao-Tseu et tant d’autres. Leur message est paradoxal, car il affirme que c’est aussi en prenant appui sur ce qui nous meurtri qu’on affirme notre ancrage dans la vie.

Contre la doxa, il faut affirmer que la souffrance et la douleur n’amenuisent pas notre désir de vivre. Elles ne réduisent pas notre être. Ce n’est qu’en prenant la vie dans son entièreté et sous toutes ses facettes qu’on naît à la vie. Accepter la vie est l’unique chemin car la vie est la force qui permet de vivre. Apprendre à accepter de vivre ce qui est à vivre, c’est la raison même du projet de la Relève. C’est pour cette raison que, forts de nos expériences professionnelles et de nos rencontres, nous cherchons à tracer le trait d’union entre thérapeutique(s) et spiritualité(s).

Pas de Noël sans Pâque et pas de Pâque sans Noël, entre ces deux axes, la vie comme chemin de vie, la vie comme chemin vivant vers toujours plus de vie. Oui, le paradoxe est de taille : pas de vie sans mort, car pas de résurrection sans passage par la mort. Il n’y va pas d’un cycle tel celui des saisons. Il y va d’une initiation, nous avons à comprendre que c’est la résurrection qui mène à la naissance, que c’est Pâque qui engendre Noël. Nous sommes des vivants qui trop souvent l’oublions. Pourtant nous le savons, nos blessures impriment des stigmates que nous pouvons transformer en signes et en témoignage de nos petites renaissances quotidiennes, même si c’est en devant autre, même si c’est étant altérés. Naître sous le mode de la résurrection n’est pas vivre malgré ce qui se passe, mais pleinement vivre, comme on le peut, ce qui se passe.

Je ne doute pas qu’il y existe d’autres manières de rencontrer Dieu, d’autres manières de vivre l’existence et d’autres manières de naître à la vie. Mais la désespérance en est une. C’est cela que je ne parvenais pas à écrire. Pourquoi ? De peur de froisser ceux qui ont une autre expérience de l’espérance et une autre image de Dieu ? Oui et non, car derrière cette peur d’ordre psychoaffectif, s’entend une peur plus essentielle et bien plus redoutable, la peur ontologique de se perdre dans la désespérance, la peur de sombrer dans la désespérance qu’on nomme.

Ces deux régimes de la peur sont à prendre en considération. Au niveau relationnel, si personne ne répond, alors oui la désespérance risque d’avoir le dernier mot. Il est dès lors légitime d’avoir peur. Mais la peur qui se vit au niveau ontologique est plus fondamentale. Cette peur se situe au plus profond de notre âme, dans le noyau de notre être, au sein-même de notre être, là où espérance et désespérance sont un, ne sont qu’un. En ce lieu obscur, là où l’abîme et la création sont confondus, là où l’immanence et la transcendance s’embrassent, là où dans une même et unique respiration l’inspire et l’expire se rejoignent, là où le cœur unifie systole et diastole, seul Dieu peut nous rejoindre. Lui seul, par le silence discret de sa présence, peut nous rejoindre au lieu-même de l’avoir-lieu de notre être. Lui seul peut nous murmurer le nom qui nous donne vie. Cette peur est ainsi, paradoxalement, un des fils avec lesquels se tisse le lien de confiance qui nous relie au Père, à la vie et aux autres. Il est inévitable d’avoir peur, même si la peur n’est pas le mot de la fin. N’a-t-il pas fallu à Jésus lui-même une vie entière pour oser dire « Père, pour quoi m’as-tu abandonné ? ». Ne devait-il lui aussi, comme tout être humain, regarder son reflet pour découvrir la réalité de l’espérance qui vit en toute vie comme don de vie, d’amour et de confiance ? Ne fallait-il pas qu’il éprouve cette épreuve pour que, comme tout enfant, il puisse marcher par lui-même, tout simplement parce qu’il lui a été donnée de vivre tout simplement parce qu’il est bon qu’il soit ?

Aujourd’hui, dans la débâcle du monde, et plus que jamais, naître à Noël, c’est dire que naître à noël, c’est aussi naître à sa souffrance et à la désespérance. Car si naître à Noël c’est accueillir notre âme blessée, c’est alors annoncer que plus rien ni personne ne pourra plus jamais l’enfermer dans la tombe.

Ô joie ! en voilà une bonne nouvelle !

Joyeux Noël et puissions-nous, dès à présent, pour tous les temps à venir, et quoiqu’il arrive, être pleinement vivants à ce qui se donne à vivre.

Olivier Philippart